Arrivée en retard en cours, je me retrouve au fond de la classe, là où il reste de la place. Je me retrouve dans un univers très différents du milieu de classe.
En effet, une classe est séparée en plusieurs lignes. La première est souvent emplie des gens sérieux, qui veulent être sérieux et qui veulent écouter. Souvent assez peu sociables ou tout du moins assez bosseurs, il parlent peu en classe et se concentrent sur le cours. Les suivantes sont emplies de gens sérieux qui veulent tout de même être tranquille et glandouiller un peu quand ils en ont marre d'écouter. Plus on recule plus les gens veulent éviter que le prof ne puisse voir trop facilement ce qu'ils font sur leur feuille. Le bout de la classe est complété par les étudiants en retard, ou bien ceux qui n'écoutent pas trop le cours. En l'occurrence j'ai pu me rendre compte que pas mal d'étudiants étrangers qui ne comprennent pas bien ce qui est dit par le prof restent derrière. Quand les gens ne me parlent pas, ils ne parlent pas français...
"Tu gommes du bic ?!"
Je referme mon effaceur, le pose à côté de ma trousse et regarde mon voisin étonnée.
"Quoi ?"
"Là, tu viens de gommer du bic. Avec ça. C'est une gomme à stylo ?"
Mon voisin est un jeune homme d'une vingtaine d'année, originaire du Sénégal, avec qui j'ai échangé quelques mots depuis le début du cours, et qui n'a jamais vu un effaceur. Je lui explique que ça ne fonctionne qu'avec les stylo plumes, et il semble ne pas connaître non plus les stylos plumes alors je lui explique un peu et je lui dis que les effaceurs ne fonctionnent qu'avec l'encre des plumes.
Le moment d'hésitation et d'incompréhension que j'ai eut alors qu'il me posait cette question de façon presque enfantine m'impressionne moi même. C'est vrai, je connais les stylos plumes depuis plus de dix ans maintenant et il me semble totalement naturel de voir ainsi disparaître l'encre d'un stylo. Mais avant, alors que j'étais une enfant, moi aussi je m'émerveillais devant cet évènement. Un stylo qui s'efface. Il existe même des stylos qui se gomment, je me souviens que la seule fois où j'en ai eut entre les mains je me suis amusée avec pendant plusieurs minutes à écrire et gommer un peu partout, voir si ça fonctionnait bien et voir comment les choses se passaient. Est-ce que le côté bleu des gommes pouvait gommer cette encre, est-ce que le côté rose le pouvait, et les gomme blanches ? Si gommer du crayon de papier n'abime pas trop le papier si la gomme est de bonne qualité et qu'on appuie pas trop, est-ce que c'est aussi le cas pour les gommes à encre ? J'avais stocké toutes ces réponses dans un coin de mon esprit et je les avais gardé précieusement, mais à présent je ne peux plus donner ces informations. Avec le temps, l'émerveillement s'en est allé et je ne sais plus ce qu'il en était.
"Tu en veux ?"
Mon voisin de droite à présent, un Sénégalais également, me tend un morceau de bois d'environ 5 millimètres de diamètre. Nouveau regard étonné de ma part.
"C'est quoi ?"
"Tu connais pas ? ça blanchit les dents."
Une courte conversation s'ensuit. Il ne peut pas me donner le nom de cette plante mais une courte recherche sur internet m'apprend à présent qu'il s'agit du Kola (même si je n'en suis pas totalement sûre). Il s'agit d'une plante qui blanchit les dents lorsqu'on la mâche et qu'on se frotte les dents avec. C'était à présent mon tour de passer pour une enfant.
Cette plante, je lui ai demandé de me laisser la regarder de plus près et il a dû me trouver enfantine un instant. C'était à moi de passer pour celle qui ne sait pas, pour l'étrangère qui vit dans un monde où on ne connaît même pas le bois de Kola. Vraiment tous des incultes ces blancs !
Comme quoi, la prochaine fois j'essaierai peut-être de réfléchir un peu avant de me dire "quoi ? Ils ne connait même pas ça ?"
On manque parfois de recul sur les choses...
jeudi 24 septembre 2009
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